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La réforme du RSA ou le mépris du peuple, tiré de Marianne

La réforme du RSA ou le mépris du peuple

 

Roland Hureaux - Chroniqueur associé | Mercredi 22 Juin 2011 à 12:01 | Lu 6651 fois
 
Alors qu'il a décidé d'alléger l'ISF, le gouvernement veut imposer cinq heures de travail hebdomadaire aux bénéficiaires du RSA. Pour Roland Hureaux, cette politique méprise le peuple et attise le ressentiment entre travailleurs pauvres et pauvres sans travail.

 



Comme d’habitude, le gouvernement ne fait pas preuve d’habileté en paraissant remettre en cause le revenu de solidarité active (RSA)  dans la foulée de l’allègement de l’ISF. Laurent Wauquiez, qui a, sans doute sur commande, déclenché l’affaire,  n’a pas été non plus particulièrement adroit  en centrant la question sur le RSA lui-même, alors que le problème est bien plus complexe.

Un  concert d’indignation a accompagné le projet gouvernemental de réforme du RSA : « il ne faut pas insulter  la misère », « cette remise en cause vient tout droit du programme  du Front national », « comment peut-on  s’en prendre à de pauvres  gens qui n’ont que 466 € par mois pour vivre ? ».


Parmi ces critiques, il en est de justes : ainsi de dire  que les sommes en jeu per capita sont peu de chose à côté des milliards de bonus ou de dividendes qui sont distribués aux banquiers, aux traders ou aux  actionnaires.


Ces réactions critiques contrastent pourtant de manière singulière avec celles du vrai peuple, qui approuve, ce n’est pas un secret, à près de 80 % la remise en cause de l’assistanat - tout en étant sceptique sur l’action d’un gouvernement  qui a déjà fait sur le sujet beaucoup d’annonces  sans effet.


Ceux qui, dans cette affaire,  critiquent le gouvernement, y compris parmi ses proches, ont en commun de n’avoir jamais été candidats à une  élection. Parmi eux, Villepin qui s’est discrédité aux yeux des classes populaires en proposant de distribuer 850 € à chaque Français. En se présentant à des élections, les uns et les autres auraient entendu tous les jours les récriminations de ce qu’il faut bien appeler la classe ouvrière, que les sociologues redécouvrent sous le nom de « travailleurs pauvres », rémunérés au SMIC ou un peu au-dessus, contre les bénéficiaires des minima sociaux quels qu’ils  soient. Et rien ne prouve que ces récriminations  soient plus répandues dans l’électorat de droite que de gauche. Ni même chez les indigènes que chez les immigrés. Si une partie des « Français de souche »  met surtout en cause les assistés issus de l’immigration, les travailleurs immigrés (les vrais, ceux qui travaillent effectivement) ne sont pas les derniers à en vouloir à leurs congénères  qui bénéficient de l’aide sociale.


Le ressentiment  du travailleur pauvre vis-à-vis du pauvre sans travail –  supposé, à tort ou à raison, ne pas en chercher  – est depuis au moins vingt ans un des clivages  majeurs de notre société, largement méconnu dans les sphères  où se prennent les décisions.


Il  s’agit d’un vrai problème  et non pas d’un « marqueur idéologique », comme peuvent l’être  le mariage homosexuel ou le retrait de la nationalité des délinquants.


L’ignorance de ce problème  dans la classe dirigeante – où, gagnant dix, cent ou cinq cent fois les minima sociaux, on a scrupule, c’est bien compréhensible, à  le poser  - constitue une des fractures les plus profondes de la société française actuelle. A tel point  que,  dès qu’un député en contact avec le peuple, lui, soulève la question, il se voit tout de suite mis au pilori  par les médias.


Il ne suffit pas de dire que les fraudes constatées sont peu nombreuses (2,5  %  selon la CNAF). Il suffit encore moins de  mettre en cause les sentiments mauvais  (« populistes ») d’un  peuple mal éclairé, plus jaloux de son voisin que des vrais riches.


Notre opinion est que récuser par avance, sans l’examiner, un sentiment  populaire aussi répandu, témoigne d’abord d’un déficit d’analyse de la part d’une classe dirigeante infatuée d’elle-même.


Que  les fraudes soient peu nombreuses, peut-être. Mais un seul cas suffit à scandaliser tout un quartier. Et qui sait si elles sont si peu nombreuses ?  Ce n’est pas l’avis de la plupart des maires. Le travail au noir ne figure pas dans les dossiers.  Comment attendre d’une bureaucratie chargée des contrôles qu’elle comptabilise les fraudes qu’elle ne voit pas ? Ne serait-ce pas avouer son incompétence ?


Surtout, le problème n’est pas tant celui de la fraude que des  subterfuges légaux qui  permettent de percevoir  un revenu tenu par  le voisinage  pour illégitime. Le problème n’est pas, contrairement  à ce qu’a dit Wauquiez,  le RSA en lui-même, qui est effectivement bien faible,  et que bien peu remettent en cause en tant que tel,  mais son cumul avec toute une série d’autres aides  auxquelles ont aussi droit ses bénéficiaires : transport gratuit, logement quasi-gratuit, CMU, tarifs spéciaux d’électricité, exonération de taxe d’habitation, secours sociaux divers. L’un dans l’autre, ils permettent aux titulaires d’atteindre un revenu qui, certes, n’est rien pour le  golden-boy ou le  journaliste de télévision, mais qui est insupportable au maçon, indigène ou immigré, qui trime 35 heures ou plus par semaine pour ne percevoir guère plus. Sans parler de l’agriculteur ou de l’artisan à qui reste un bénéfice de 500€ par mois pour 60 heures par semaine. D‘autres dispositifs posent d’ailleurs autant de problèmes que le RSA : ainsi l’allocation adulte handicapé dont un médecin de campagne nous disait que quelqu’un de déterminé finissait toujours par l’obtenir et que Christian Saint-Etienne propose judicieusement de réserver  aux handicaps physiques.

Le mépris du peuple

 

Il est évident, on ne saurait trop le répéter, que les sommes en cause sont  très faibles  par rapport à celles dont bénéficient les 1 % les plus riches de la population et même une partie de la classe moyenne. Mais justement, une des ruses du capitalisme mondialisé n’est-elle pas d’acheter la paix sociale, de faire accepter un volant de chômage qui tire les salaires vers le bas,  en distribuant des aides sociales qui,  après tout,  présentent  pour lui  un bon rapport coût-avantage, sans compter  le bénéfice de la bonne conscience ?


Cette distribution serait encore un subterfuge excusable si elle  répondait à une analyse juste des besoins et des mérites de chacun, à une connaissance fine du public populaire à laquelle elle s’adresse. Mais précisément, faute de cette analyse fine, ceux qui promeuvent ces politiques,  bien-pensants très éloignés du peuple,  ne se comportent–ils pas comme ces duchesses d’autrefois qui jetaient  à l’aveuglette des pièces aux pauvres à la sortie de la messe : les ramassaient les plus malins, pas  forcément ceux qui en avaient le plus besoin !


En niant qu’il y ait , en plus de l’exigence de justice entre les classes sociales,  bien mise à mal aujourd’hui,  le  besoin d’une véritable justice   distributive au sein du peuple, entre des gens qui,  vu de loin , se ressemblent, mais qui savent, eux, que tout en se situant tous au bas de l’échelle,  ils sont  de psychologie,  d’aptitude , de volonté,  de mérite différents,  ne fait-on pas, sous couvert de générosité,  preuve d’un mépris du peuple redoublé ?


Cette dénégation touche au cœur la valeur travail, valeur populaire par excellence, qui paraît méprisée par une mauvaise distribution des revenus sociaux.  L’importance de sa réhabilitation avait été comprise par Sarkozy candidat quand il lança  son slogan « travailler plus pour gagner plus ». Mais les gens  sont conscients aujourd’hui que rien n’a suivi. Et ce n’est pas au moment où la fondation Terra Nova propose que le parti socialiste largue la classe ouvrière que les choses vont  changer !


Mépris  du peuple - ou habile stratégie. Car  le résultat de ces politiques sociales indiscriminées, bureaucratisées et ignorantes des véritables sentiments populaires,  est clair : celui de diviser le dit peuple en deux camps , ceux qui font tourner le système à petit salaire et ceux qui en  profitent petitement, de manière plus ou moins habile. Et la haine des  premiers pour  les   seconds fait oublier aux uns et aux autres que le fossé entre les vrais riches et les pauvres ne cesse de s’élargir, mondialisation aidant.


Est-il nécessaire de dire que la solution gouvernementale qui consisterait à demander aux bénéficiaires du RSA quelques heures de travail collectif,  si elle sonne bien aux yeux de l’opinion, témoigne, elle aussi, d’une grave méconnaissance du problème ? Pire : d’une gesticulation stérile. On sait depuis les ateliers nationaux de 1848 combien il est difficile de  créer  hors du marché, des emplois de substitution pour les pauvres. Ces emplois sont  dégradants, difficiles à mettre en  œuvre  et souvent inutiles.  A la rigueur pourrait on mettre les bénéficiaires du RSA sur une liste de réquisitionnables en cas d’évènements exceptionnels  (service d’ordre d’une fête par exemple, nettoyage de berges). Mais l’expédient est limité.


Augmenter le SMIC n’est pas à l’ordre du jour, surtout au moment où l’Europe -  dont Martin Hirsch, comme tous les bien-pensants,  est un chaud partisan - propose de le baisser. Diminuer le RSA est difficile. Etre toujours plus vigilant sur les abus illégaux ou même  légaux demeure nécessaire : transférer la gestion des différents dispositifs du département  à la commune,  où on sait mieux où sont les vrais besoins,  en  serait, parmi d’autres,  un moyen.


Mais la seule bonne solution est évidemment de rétablir le plein emploi.  Nous  en sommes, hélas, loin.



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