l'Alternative Crédible

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Pourquoi Montebourg a tord?

photo http://france3-regions.blog.francetvinfo.fr/

 

Tout d'abord, dans le numéro de claquettes de Frangy, il y avait un évident problème de forme où je pense qu'Arnaud Montebourg s'est laissé emporté par ses dons d'orateur et son goût pour la mise en scène pour livrer un spectacle complètement irrespectueux envers ses supérieurs hiérarchiques François Hollande et Manuel Valls. Comment imaginer qu'ils acceptent de se faire humilier en public de la sorte par un Montebourg goguenard leur offrant sa "cuvée du redressement"? Rien que pour des questions de forme, pour conserver un peu d'autorité et de crédibilité, ils était obligés de le virer.

 

Mais c'est surtout sur le fond que Montebourg a tord. Il dénonce la politique de l'offre de Hollande et de Valls qui serait une politique d'austérité avec des effets récessifs. Or, contrairement à ce qu'il prétend, il n'y a pas principalement un problème de demande en France mais bien un problème d'offre et de manque de compétitivité. La preuve est que la consommation est plus forte que la production, ce qui est la cause de notre énorme déficit commercial. L'autre preuve est le déclin continue de notre industrie. Ainsi, laisser filer les déficits pour consommer plus ne relancerait pas notre économie mais nous ferait importer encore plus. Notre commerce extérieur plongerait encore plus profondément dans le déficit et la dette de l'état exploserait. Très vite, nous serions dans un scénario à la grecque où la faillite des finances publiques nous contraindrait à abdiquer notre souveraineté devant les créanciers qui nous imposeraient alors une véritable politique d'austérité, aux conséquences humaines dramatiques et aux effets récessifs avérés. Un tel scénario ne serait pas accepté par les français et engendrerait inévitablement des violences politiques et probablement une victoire du Front National aux élections nationales.

 

La deuxième erreur d'analyse de Montebourg est que, contrairement à ce qu'il veut nous faire croire, il n'y a jamais eu de politique d'austérité en France, ni avec Mitterrand, ni avec Chirac, ni avec Sarkozy, ni avec Hollande. Il n'y a pas eu comme en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Grande Bretagne de baisses des salaires des fonctionnaires, de baisses des retraites, de coupes dans les dépenses sociales, de privatisations massives, de licenciements de fonctionnaires, de remise en cause des protections liées au contrat de travail pour les salariés ou de remise en cause du SMIC. Ce qu'il appelle "austérité" n'est en fait que les conséquences du resserrement des budgets pratiqués depuis plusieurs années pour éviter une dérive complète des finances publiques.

 

Globalement la politique menée par les différents gouvernements a consisté à faire des coupes dans les dépenses publiques là où il était le plus facile de les faire. On a amputé abusivement le budget de l'armée parce que les militaires n'ont pas le droit de se syndiquer, on a réduit les budgets de fonctionnement de la police, on a imposé une politique comptable dans les hôpitaux, on a réduit au plus stricte minimum le temps de séjour en maternité, on a réduit le nombre de greffiers au point où la justice ne peut plus fonctionner correctement, ... Ces économies sont d'autant plus visibles qu'elles dégradent la qualité des services publics et que ce sont les classes moyennes et populaires qui en sont les premières victimes. Ce retrait des services publics de territoires entiers touche particulièrement les zones périurbaines qui se sentent donc abandonnées.

 

Cependant, malgré ces coupes, les dépenses publiques au global ne cessent d'augmenter. La raison est que les politiques refusent de faire "la grande réorganisation" de l'état, des collectivités locales, du système de santé, de la formation professionnelle, de l'éducation nationale, du paritarisme, ... dont la France a urgemment besoin. Nos services publics fonctionnent avec trop de moyens par rapport aux services qu'ils rendent si on compare avec cequ'il se fait dans les pays voisins ... et ce n'est pas la faute des fonctionnaires français! Plusieurs raisons expliquent ces coûts de fonctionnement trop élevés. La première est l'inflation législative et normative permanente dont on ne mesure pas assez que pour faire appliquer ces lois et ces normes toujours plus nombreuses, il faut des services administratifs toujours plus importants. Le juridisme est une maladie française. La complexité juridique est coûteuse pour les finances publiques, elle est un énorme handicap pour l'économie, notamment pour les petites entreprises, et elles est terriblement discriminante socialement. La deuxième est l'accumulation des strates administratives et plus particulièrement les innombrables chevauchements de compétences qu'elles induisent. La décentralisation est mal faite. Le nombre de fonctionnaires territoriaux ne cessent d'augmenter. Il y en a par exemple 250 000 rien que dans le périmètre du futur grand Paris. La troisième sont les recours abusifs aux cabinets d'audites et aux missions de complaisance dans les collectivités locales les innombrables abus dans les Partenariats Privés Publics et les délégations de services publics, les frais de communication abusifs des trop nombreuses collectivités locales estimés à 1,5 Milliards d'euros par an, le financement d'associations à caractères électoralistes, ... Tout cela est principalement dû à la multitude des baronnies locales qui se sont constituées et qui sont le reflet d'un système politique qui ne renouvelle pas assez son personnel. La quatrième enfin est la difficulté à optimiser les méthodes de travail dans la fonction publique à cause des lourdeurs de l'organisation en corps, du poids d'un syndicalisme plus corporatiste qu'attaché à l'intérêt général, et d'une haute fonction publique attachée à ses privilèges ...

 

Dans toute entreprise privé, on réactualise régulièrement l'organisation et les méthodes de travail de façon à pouvoir produire le plus possible avec le minimum de moyens. Celles qui ne le font pas font faillite. Pour les multiples raisons décrites précédemment, on ne l'a pas fait assez dans notre secteur public. Temps qu'on ne fera pas "cette Grande Réorganisation" pour laquelle je milite dans ce site, on n'arrivera jamais à réduire les dépenses publiques malgré toutes les coupes que l'on pourra faire.

 

Les dépenses publiques augmentant constamment, l'endettement du pays s'accroît toujours et donc logiquement les impôts sur les entreprises et sur les ménages ne cessent au global d'augmenter. La politique affichée de baisse des charges sur les entreprises ne vient en réalité que compenser partiellement les hausses précédentes. De plus, elle est très longue a être mise en place concrètement tellement les mécanismes administratifs et fiscaux sont compliqués. Le CiCe et le Pacte de responsabilité sont en soi de bonnes mesures mais leurs mécanismes de fonctionnement sont trop complexes et leurs mises en en oeuvre trop longues pour avoir des effets rapides. Ajoutés à l'instabilité fiscale et à un droit du travail trop complexe et trop rigide, cette pression fiscale contribue à décourager les chefs d'entreprises d'investir et d'embaucher, tandis que l'incertitude économique et la baisse du pouvoir d'achat dissuade beaucoup de particuliers d'investir dans des biens coûteux comme une voiture ou un bien immobilier par peur de l'avenir. Tout cela génère un climat économique et psychologique morose qui est en soi une source de stagnation.

 

La solution n'est donc ni de laisser filer la dépense publique comme le demande Montebourg, ni de continuer cette politique sans imagination et sans courage politique d'économies de bouts de chandelles. Elle n'est pas efficace pour réduire les dépenses publiques et ne peut donc empêcher la hausse continue des charges sur les entreprises et des taxes sur les ménages. L'économie française étouffe tout doucement et la classe politique est impuissante à nous sortir de ce marasme.

 

La véritable solution est de commencer à faire enfin "la grande réorganisation" dont la France a besoin. Or c'est loin d'être facile. Cela demande d'affronter toutes sortes de corporatismes, de s'affranchir du conservatisme et de l'absence de créativité de la technocratie qui a infiltré tous les cercles de pouvoir et de faire preuve d'un courage dont notre classe politique n'est plus capable. Elle passe par des mesures comme le remplacement de la Mairie de Paris par une Mairie du Grand Paris et la fusion des départements de la petite couronne en un seul. Ce genre de mesure de bon sens heurterait de face les intérêts des baronnies politiques locales et serait complètement inconcevable par les élites technocratiques.

 

Et cette "Grande réorganisation" doit s'accompagner simultanément d'un indispensable assouplissement de notre modèle social. Pour le sauver, il faut absolument l'assouplir avec quelques mesures simples et de bon sens comme l'alignement des retraites du public sur celles du privé, la suppression des régimes spéciaux (sauf pour les militaires), la suppression des retraites chapeaux, la simplification du droit du travail, le travail le dimanche dans les lieux touristiques, 2 jours de carence pour tous en cas de maladie qu'on soit salarié du public ou du privé, le doublement des seuils sociaux, la renégociation par branche des 35h, du SMIC et du contrat de travail, ... Cependant, contrairement à la pensée unique néolibérale, il ne faut pas démanteler notre modèle social. Il ne faut surtout pas entrer dans la course sans fin au moins-disant social au nom de la concurrence internationale. Mais il faut reconnaître que le statu quo n'est plus tenable et qu'il est indispensable d'assouplir notre modèle social pour pouvoir le sauver. L'objectif de cette "grande réorganisation" et de "cet assouplissement de notre modèle social" est double: premièrement il s'agit de réduire structurellement les dépenses publiques et de supprimer les excès de rigidité de notre modèle social pour offrir un cadre de baisses continues des charges et un contexte amical de simplification et de stabilité juridique pour les entrepreneurs, quelques soient leurs tailles. Deuxièmement, il s'agit de dégager des marges de manoeuvre budgétaires à un état redevenu stratège et régulateur pour se lancer dans une politique massive d'investissements dans l'économie durable et la transition écologique. Il faut, à côté de l'économie productive à laquelle on doit redonner de la compétitivité, créer une nouvelle économie fondée uniquement sur le développement durable et les circuits courts, et protégée de la course à la profitabilité des autres secteurs en n'hésitant pas à l'abriter derrière des statuts limitant la course aux dividendes comme le statut de SCOP. Cette économie doit avoir comme finalités principales la transition écologique et la recherche de convivialité, et être ainsi pourvoyeuse d'emplois et ouvertes à des modes de vie et de travail alternatifs.

 

C'est uniquement en passant par cette voie étroite de "réorganisations structurelles du secteur public pour dépenser moins" et "d'assouplissement de notre modèle social" pour à la fois redonner de la compétitivité à notre économie marchande et à la fois investir massivement dans une économie alternative que l'on pourra renouer avec un minimum de croissance source de créations d'emplois, que l'on pourra se dégager de l'emprise de la dette source de dépendance envers la finance et que l'on pourra ouvrir de nouvelles perspectives sources d'emplois et de bien-être avec l'investissement dans l'économie verte. Cette politique, pour être complètement cohérente et bien fonctionner, doit s'accompagner de trois grandes orientations politiques. Premièrement, il faut une grande politique du logement visant à relancer la construction et à faire baisser les prix du logement par l'augmentation de l'offre et l'incitation au partage du logement sous toutes ses formes. Faire baisser ainsi les prix du logement aura pour conséquence macro économique de redonner du pouvoir d'achat et de compenser les quelques effets récessifs de "la grande réorganisation". Deuxièmement, il faut une grande politique de défense des libertés publiques et de restauration de certaines libertés perdues. Toutes les sociétés prospères sont des sociétés libres sur le plan sociétal. La réduction permanente des libertés publiques sous des prétextes sécuritaires pour la Droite et hygiénistes pour la Gauche (et souvent pour la Droite également) est une des raisons fondamentales du mal-être dans notre société et du marasme ambiant. Les classes moyennes et populaires sont les principales victimes de ces restrictions de libertés. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles elles se réfugient dans le vote Front National. Troisièmement, il faut s'opposer au Traité Transatlantique. Son objectif principal et gardé secret est de contraindre les états à accepter la marchandisation de quasiment tous les secteurs de la vie sociale. Ce Traité s'oppose fondamentalement à l'émergence de la nouvelle économie fondée sur le développement durable et les circuits courts. Il vise à donner des pouvoirs juridiques aux grandes multinationales pour s'opposer aux états qui voudraient faire émerger "cette nouvelle société alternative".

 

En fait, trois scénarios sont possibles dans l'avenir.

 

Le premier est de ne rien faire, de laisser filer les déficits au nom d'une illusoire politique de la demande comme le prône Montebourg et d'autres (dont le FN?). Cette politique est un mirage qui ne ferait dans la réalité qu'augmenter les importations et le déficit du commerce extérieur. De plus la dette exploserait jusqu'à provoquer un scénario à la grecque avec des réformes ultra libérales imposées par les créanciers et l'entrée dans un cycle récessif.

 

Le deuxième scénario est le préféré des élites technocratiques et politiques actuelles. C'est celui qui prône des réformes libérales "classiques" de démantèlement progressif du droit du travail pour "restaurer la compétitivité" et de coupes dans les dépenses publiques sans fin "pour réduire les déficits", mais sans faire "la Grande réorganisation" que je prône dans ce site car elle dérangerait trop d'intérêts corporatistes et serait inconcevable intellectuellement par ces élites technocratiques. Ce scénario "de la pensée unique sans imagination" serait certes moins pire que le premier mais il aurait pour principale conséquence de nous faire entrer dans une société toujours plus dure et plus inégalitaire, où la majorité des citoyens finira par vivre dans la précarité, avec un chômage de masse et un marasme économique sans fin.

 

Le troisième scénario est celui que défend ce site. C'est celui dont j'espère qu'un centre populaire, devenu "un véritable parti de transformation de la société" proposera un jour. Il faut opposer "Grande Réorganisation" aux "coupes dans les dépenses publiques" et "assouplissement de notre modèle social" au "démantèlement progressif de notre modèle social". Avec les marges budgétaires dégagées et les réformes de notre modèle social, il sera à la fois possible d'offrir un cadre amical aux entrepreneurs et à la fois possible d'investir dans une nouvelle économie durable associée une société alternative dans les modes de consommation et de production.  C'est une voie positive de sortie de crise qui repose sur deux philosophies en apparence opposées mais qui sont adaptées à la complexité de notre époque.

 

D'un côté, il s'agit de redonner de la compétitivité à une économie productive au nom des préceptes d'une philosophie libérale pour laquelle "les affaires se développent dans la facilité", "faire circuler l'argent crée de l'activité", "l'économie est plus un gâteau que l'on fait grossir qu'un gâteau que l'on partage". Cependant "ce libéralisme authentique" qui défend les entrepreneurs et les producteurs est en opposition radicale avec le néolibéralisme de la pensée unique des élites politiques et technocratiques actuelles.

 

D'un autre côté, il s'agit de prendre acte de l'urgence écologique et surtout d'un phénomène mondial que les tenants de la pensée unique économique ne veulent pas encore reconnaître, qui est que l'économie productive nécessite structurellement de moins en moins d'emplois biens payés pour fonctionner. Si on n' invente pas une économie et une société alternatives, non seulement nous irons vers "une faillite écologique" mais nous irons aussi vers la disparition progressive des classes moyennes. En France, seuls les tenants de la philosophie convivialiste de Nouvelle Donne sont conscients de cette réalité.

 

Voila comment le Centre doit promouvoir un projet de société global et cohérent porteur d'un nouveau dynamisme économique, de l'émergence d'une économie et d'une société alternatives fondées sur les circuits courts, de nouvelles formes de consommation et de convivialité, de la défense résolue des libertés publiques, de l'émergence d'une Europe forte avec des Etats Unis d'Europe capables de refuser le Traité Transatlantique, ...

 

Nos futurs choix politiques se résumeront fondamentalement à choisir l'un des trois scénarios. A nous de bien choisir!

 

Philippe Dervaux

 

 

 

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