l'Alternative Crédible

Libérales-sociales, écolos, convivialistes, nos idées ont de l'avance.

Qu'est-ce qu'une politique alternative centriste?

 

De Montebourg à Lepen en passant par Mélanchon et Duflot, "les fausses alternatives" politiques et économiques fleurissent. Elles ne sont d'ailleurs pas si différentes les unes des autres tellement elles partagent de nombreux points communs comme l'euroscepticisme, le refus des critères de Maastricht, l'opposition à la soi-disant politique d'austérité que subirait la France aujourd'hui, leur préférence pour une politique de relance par la demande, leur revendication de protectionnisme (à des degrés divers et sous des formes variées) ...

 

Je les appelle "fausses alternatives" parce qu'il est illusoire de réclamer une politique de la relance par la demande quand le déficit du commerce extérieur est si important et que la désindustrialisation prouve qu'il y a bien un problème de compétitivité. Cette politique ferait financer avec de l'argent public l'augmentation de nos importations! De plus, il est suicidaire de laisser filer les déficits quand la dette a teindra bientôt les 90% du PIB et que les prélèvements sur les entreprises et les ménages ont déjà dépassé les limites du supportable. Le seul résultat auquel peut aboutir ce genre de politique est un scénario à la grecque où la faillite des finances publiques permettra aux créanciers d'imposer une politique néolibérale impitoyable de démantèlement de notre modèle social, avec toutes les conséquences humaines prévisibles, et avec des effets récessifs avérés sur l'économie.

 

Mais ce qui est le plus dangereux pour notre démocratie est l'incapacité des forces politiques modérées, PS, UMP, Centre, écolos non gauchistes, ... à proposer une voie de sortie de crise. La raison est que, à quelques nuances près, la social-démocratie de la Gauche de gouvernement comme le social-libéralisme de la Droite lorsqu'elle est au pouvoir (dans l'opposition elle se revendique souvent d'un ultra libéralisme agressif totalement inapplicable en France), proposent les mêmes solutions éculées et sans imagination et la même vision productiviste et dépassée de l'économie.

 

Si on fait abstraction dans leurs discours du brouhaha médiatique causé par le choc des égos et des ambitions, par les postures et les coups de com, leur seule réponse de fond à l'explosion de la dette est de multiplier les coupes dans les dépenses publiques, et leur seule proposition pour redonner de la compétitivité à notre économie est la fuite en avant dans le "toujours plus de flexibilité" pour les salariés, accompagnée d'un discours de dénigrement de notre modèle social.

 

Cette politique, qui est le produit du moule technocratique unique dans lequel sont formés nos élites, ne fonctionne pas pour plusieurs raisons. Premièrement, les coupes incessantes dans les dépenses publiques n'empêchent pas celles-ci de continuer à augmenter de façon catastrophique. Les coupes abusives dans le budget de la défense ont réduit dramatiquement les capacités de notre armée dans cette période si troublée des relations internationales. Les restrictions dans les budgets de fonctionnement de la justice et de la police posent de réels problèmes sur le terrain. Les restrictions dans les budgets des maternités mettent en danger la sécurité des mères. La suppression de services publics essentiels dans les campagnes et les zones périurbaines contribue largement à la montée du sentiment d'abandon qui fait le lit du Front National. Les exemples sont légions. Mais tous ces "efforts" ne permettent pas de réduire les dépenses publiques parce qu'on ne s'attaque pas au coeur du problème.

 

En effet, la complexité croissante du droit et la multiplication des normes de toutes sortes et dans tous les domaines imposent d'avoir recours à des moyens administratifs croissants, de plus ils renchérissent le coût des investissements et tous les coûts de fonctionnement. Aussi, notre incapacité à optimiser régulièrement l'organisation de nos institutions et de nos administrations les a rendus obèses et inefficaces avec des coûts de fonctionnement structurellement trop élevés. Enfin, la multiplication des corporatismes, des clientélismes, des conflits d'intérêts à tous les niveaux, ... verrouille complètement "ce système" qui prend l'eau. La France n'a donc pas besoin de coupes supplémentaires dans ses budgets publics mais "d'une Grande Réorganisation", de la réorganisation complète de la formation professionnelle, de la carte des collectivités locales, de la politique du médicament, de l'Education Nationale, ainsi que de la clarification des compétences et de la suppression des innombrables chevauchements de compétences et de la remise en cause du paritarisme, ... Il faut faire mieux avec moins de moyens, et pour cela il faut s'organiser différemment. Pour y arriver, il faut commencer par s'attaquer à la complexité juridique en supprimant le principe du risque zéro dans constitution, en refusant également le principe hypocrite et socialement discriminant de la tolérance zéro, puis il faut organiser dans tous les domaines professionnels des concertations avec les professionnels de terrain, les petits patrons, les ingénieurs, les ouvriers spécialisés, les fonctionnaires en contact avec le public, ... pour qu'ils mettent leurs expertises au service de la simplification du droit et des normes en vigueur dans leurs domaines respectifs. Il faut ensuite repenser les institutions, redéfinir leurs champs de compétences et leurs méthodes de travail. Un gigantesque travail de mutualisation des moyens doit être fait et il doit s'accompagner d'un titanesque travail de DRH dans la fonction publique. Il faut que, malgré cette "Grande Réorganisation", le fonctionnaire qui a acheté sa résidence principale puisse continuer à travailler à proximité de celle-ci, que celui qui a des horaires lui permettant aujourd'hui d'accompagner ses enfants à l'école puisse continuer à le faire demain après la réorganisation, que les couples ne soient pas séparés par des lieux de travail trop éloignés, ... Pour rendre acceptables ces changements, il faut y associer les fonctionnaires en leur demandant leur avis, en les traitant avec respect et humanité, et en leur accordant plus d'autonomie dans leur travail.

 

La deuxième raison pour laquelle les politiques (quasiment similaires) menées depuis 30 ans ne fonctionnent pas est le discours anxiogène des élites qui empêche toute évolution de notre modèle social. La pensée unique économique qu'on leur a enseigné est néolibérale. Elle prône la fuite en avant dans la flexibilité au nom de "la compétitivité". Elle fait complètement abstraction des souffrances vécues par de nombreux salariés, de la pression commerciale sur les cadres, de la précarisation du contrat de travail avec la multiplication des "ruptures conventionnelles" et le développement du travail précaire. Elle fait aussi abstraction de l'appauvrissement des jeunes générations dont la majorité doit se contenter de petits jobs mal rémunérés et sans perspectives d'évolution ou juste de stages. Ce décalage entre le discours d'élites qui vivent confortablement et dans la sécurité des rentes de situation dont elles sont les bénéficiaires tout en prônant "la flexibilité" pour les autres, est source de crispation sur "les acquis sociaux", d'écoeurement, et de perte du sens de l'intérêt général. La conséquence est l'impossibilité de réaliser les plus évidentes mesures d'assouplissement de notre modèle social.

 

Le dénigrement de notre modèle social est insupportable. Il est humainement bien supérieur à celui des anglo-saxons. Tous les habitants des pays en voie de développement nous l'envie. Il correspond bien à notre culture française de rechercher une douceur de vivre que l'on trouve presque nul part ailleurs dans le monde. Mais ce modèle doit absolument être assoupli et rendu plus juste pour perdurer. Il faut supprimer les régimes spéciaux (sauf celui des militaires), aligner les retraites du public sur celles du privé (en réintégrant l'essentiel des primes), supprimer les retraites chapeaux, avoir le même nombre de jours de carence en cas de maladie dans le public que dans le privé, par exemple deux (actuellement il y a zéro jour dans le public et trois dans le privé sauf accord d'entreprise), permettre le travail le dimanche dans tous les lieux touristiques, ouvrir des négociations globales par branche sur le contrat de travail, la durée légale, le salaire minimum et la pénibilité dans le cadre de limites fixées par l'état, multiplier par deux et de façon pérenne les seuils sociaux, ... Ces quelques mesures simples et de bon sens ne seraient pourtant pas la mère à boire. Elles seraient quasiment indolores pour la majorité des salariés. Elles ne remettraient pas fondamentalement en cause notre modèle social. Mais elles resteront totalement impossibles à mettre en oeuvre tant que nos élites tiendront ce discours ultra libéral tout en protégeant jalousement leurs privilèges. A la moindre "réforme", beaucoup de français y voient le début du démantèlement complet de notre modèle social et l'entrée dans une société concurrentielle impitoyable et encore plus injuste que la société actuelle. Logiquement, ils freinent des quatre fers utilisant tous les moyens pour s'y opposer. Alors, craignant l'explosion sociale généralisée, nos politiques finissent toujours par reculer.

 

L'exemple des 35 heures l'illustre bien . Elles ont été faites par Lionel Jospin et Martine Aubry en pleine période de croissance mondiale. Leur timing a été une colossale erreur puisque pendant que les autres nations en profitaient pour prendre le train de la croissance mondiale en travaillant plus, pour réduire leur endettement et pour investir, nous avons raté le train en travaillant moins et en dilapidant l'argent public. Aujourd'hui, tous les bien-pensants de la classe politique promettent de les remettre en cause. Les supprimer en 2017 ne réparera pas les erreurs du passé, mais surtout, ils n'ont aucune chance d'y parvenir. Tout d'abord, les grandes entreprises n'en veulent majoritairement pas. Elles ont déjà dépensé une énergie folle pour changer leurs organisations lors du passage aux 35 heures et pour négocier des accords qui en échange demandaient plus de flexibilité aux salariés. Aujourd'hui elles ont trouvé leur équilibre et elles n'ont absolument pas envie de tout remettre en cause. Quant aux petites et moyennes entreprises, elles sont réparties en 700 branches qui toutes ont leurs particularités et leurs besoins spécifiques. Elles recherchent d'une façon générale un assouplissement du modèle social français avec des accords de branches, mais certainement pas de refaire la même erreur que Martine Aubry en imposant la même loi pour tous. Enfin, quant au service public, la remise en cause des 35 heures n'est pas pour demain. Il faudrait pour cela la faire dans le cadre d'un projet global de société validé par la majorité des citoyens, en faisant preuve d'énormément de pédagogie, et en faisant un travail considérable de DRH de façon à convaincre la majorité des fonctionnaires. Cependant, même avec ce travail préparatoire, une minorité refusera toujours et il faudrait une personnalité d'envergure, un De Gaulle, un Reagan, une Thatcher ou une Merkel pour leur imposer cette réforme. Bref, il faudrait faire tout ce que notre classe politique est incapable de faire pour y arriver. C'est pourquoi la principale promesse des futurs candidats possibles de 2017 n'a donc aucune chance d'être tenue!

 

Loin de ces postures stériles, la politique alternative que doit proposer le Centre commence donc par remplacer la politique de coupes dans les budgets par une politique générale de réorganisation complète de notre système public de façon à faire mieux avec moins de moyens. Avec les marges budgétaires dégagées par cette réduction structurelle des dépenses publiques, et avec la politique d'assouplissement de notre modèle social réalisée en opposition à la volonté stérile de nos élites de le remettre en cause, on doit agir dans deux directions principales. Premièrement, on doit offrir aux entrepreneurs de toutes tailles un cadre constant de baisse des charges sociales et de simplification juridique, accompagné de multiples mesures pour leur faciliter la vie au quotidien. Deuxièmement, pour répondre sérieusement à l'urgence écologique et parce que l'économie productiviste traditionnelle ne connaîtra plus jamais de croissance forte, on doit investir massivement dans un modèle économique alternatif. Il faut bâtir une véritable économie collaborative, fondée sur les circuits courts, le recyclage et les énergies renouvelables, et ouvrant la possibilité à des millions de citoyens de choisir de nouveaux modes de vie, de consommation et de production. Il faut faire preuve d'une "créativité politique" que notre classe politique n'est plus capable. Il faut investir massivement dans le simili-carné, créer des kibboutz écolo dans les grandes fermes agricoles autour d'unités de production d'énergie renouvelable, développer les supermarchés collaboratifs et l'auto partage, recycler massivement les déchets organiques des grands centres urbains pour faire fonctionner les transports publics au biogaz, ...

 

C'est cette double voie, fondée sur la saine gestion des ressources publiques pour soutenir les entrepreneurs et l'investissement massif dans la société écolo alternative de demain qui est "la" solution pour sortir la France de la crise et rendre l'espoir aux français. La "Grande Réorganisation" et l'assouplissement de notre modèle social en sont les préalables incontournables et forment les fondations de cette politique. Elle doit s'accompagner d'une politique de solutions équilibrées pour tous les problèmes sociétaux, de l'opposition ferme au Traité Transatlantique dont la finalité est d'imposer la marchandisation de toutes les activités humaines et d'empêcher l'émergence de la société collaborative alternative, de la défense résolue des libertés publiques faces aux nouvelles menaces qu'engendrent les progrès technologiques combinées aux idéologies sécuritaires et hygiénistes, et de la promotion des valeurs de tolérance, de convivialité, de respect, et de responsabilité. Sur ce plan des valeurs, il ne faut faire aucune concession au Front National. Pour convaincre, il faut lui opposer un système de valeurs concurrent et mener une opposition frontale. Enfin, il faut défendre l'Europe et promouvoir des Etats Unis d'Europe démocratiques au service de la défense des intérêts des citoyens européens.

 

J'aimerais bien développer plus mes propositions mais pour ne pas allonger indéfiniment ce texte, je l'ai réduit à l'essentiel. Je crois que en proposant une voie globale et cohérente de sortie de crise, en proposant un vrai projet de société, et en adoptant une démarche politique positive et enthousiasmante, le Centre pourra être à la hauteur des enjeux de notre époque et des attentes des français. Une fois que ce ce travail de fond sera fait, reste à ce qu'il s'organise vraiment et qu'il soit ... conquérant!

 

Philippe Dervaux

 

 

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